Décembre 2004 - Pour une consommation « intelligente » du vin
Du 14 novembre au 7 décembre, le ministère de la Santé et l’Institut national de prévention sociale et d’éducation pour la santé (Inpes) mènent la campagne « Alcool, votre corps se souvient de tout ». Cédric Ringenbach, créateur du jeu Carpe Vinum propose d’aborder la modération de la consommation de vin à travers la pratique de la dégustation.
Le vin serait un produit culturel ? Le litron en plastique ou en brique Tetra Pak, sûrement pas ! Non plus le vin consommé pour sa teneur en éthanol par les personnes souffrant d’alcoolisme ni par les adolescents à la recherche de l’ivresse. Le vin serait bon pour la santé ? Il fait plus de dégâts, consommé en excès par une frange de la population, qu’il ne fait de bien, consommé avec modération par le reste de cette population. Pour autant, quel produit alimentaire est autant associé à la notion de connaissance ? Dit-on de quelqu’un qu’il est « connaisseur » en saucisson ? Existe-t-il un équivalent du mot « œnophile » pour la pomme de terre ? Doryphore peut-être ? L’anglais « connoisseur » qui vient directement du vieux français, peut-il s’appliquer à des compétences ès-pudding ? Le vin, assurément, est associé à la culture. Quand on a eu l’occasion d’y être initié, on a autant soif d’apprendre à le connaître que de le boire. De plus, d’Hippocrate à Pasteur, on a toujours pensé qu’il était bon pour la santé. C’était autrefois une intuition, c’est aujourd’hui démontré. Encore faut-il rappeler que c’est dans la modération que l’on mesure ses vertus. Et à ce sujet, un coup de chapeau à la loi Evin : il est aujourd’hui automatique d’ajouter un message modérateur à toute communication sur un produit alcoolisé, qu’elle soit publicitaire (car c’est la loi) ou éditoriale (cela est devenu un réflexe qu’il convient de saluer). Pour toutes ces raisons, le jeu de société « Carpe Vinum » milite pour une consommation « intelligente » du vin : apprendre à le déguster, et à en parler, comprendre ses nuances, tel est le but de ce « parcours initiatique de la dégustation ». Un parcours convivial et ludique car Carpe Vinum est un vrai jeu de société : on goûte des vins en équipe, on discute de saveurs, on apprend le vocabulaire et la technique de la dégustation. C’est aussi un parcours pédagogique à travers des questions sur la prévention, la santé, les dangers de l’alcool. Carpe Vinum impose un « cadre » à la dégustation : une règle du jeu organise le temps, l'espace et les relations entre les personnes. La consommation n'est donc pas débridée mais prise dans une forme de rituel social. Cette consommation est d'ailleurs peu importante en terme de quantité et nécessite la capacité d'attendre : on observe, on hume, on s'instruit et dans un second temps on goûte. D’ailleurs, c’est bien parce que Carpe Vinum est un produit pédagogique et culturel qu’il a plus de succès en librairies que chez des cavistes. Alors qu’on débat de la loi Evin à l’Assemblée Nationale, il est bon de rappeler que le vin n’est pas un danger pour qui sait en user. Sensibiliser le grand public à la connaissance du vin n’est pas incompatible avec les mesures de prévention destinées aux populations à risque. Parions même que cela participe à sortir d’un discours manichéen qui ferait de l’alcool un diable liquide. Loin de vouloir écarter les dangers de certains types de consommation d’alcool, il est honnête de mettre un peu d’eau dans son vin, non pas - et même surtout pas - quand on est œnophile, mais quand on veut faire de la prévention. Une pensée simpliste est source de comportements compliqués : si vous affirmez que l'alcool est un produit dangereux et que vous en restez là, attendez-vous à provoquer des réactions telles que la tentation, la culpabilité, la crispation. Dites "noir" et vous trouverez toujours une forte tête pour vous proposer un verre de "blanc", vous entrez alors dans une stérile guerre de position. Laissons-nous donc "griser" par un discours plus nuancé qui permettra un accès individuel, libre et responsable à la consommation d'un produit, lui-même pétri de nuances et de complexité. « Boire moins et mieux » incite à ne pas se focaliser uniquement sur le produit mais sur l’usage qu’on en fait. Carpe Vinum espère y contribuer à son niveau. Les producteurs qui veulent assouplir la loi Evin pour pouvoir parler du « goût » de leur produit militent également dans ce sens. Espérons qu’ils seront compris. Vendredi 3 Décembre 2004
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